Intervention sur le budget 2021 lors des plénières du 16 et 17 Décembre 2020

Madame la Présidente, M. le président du Ceser, cher(e)s collègues,

Lors du récent Débat Orientation Budgétaire Notre groupe ‘’Alliance pour les Pays de la Loire – Tradition et Libertés’’ avait mis en garde l’ensemble des groupes et non uniquement ceux de la majorité,  et appelé à la prudence face à une situation dont il nous semblait qu’ellel deviendrait de plus en plus complexe à évaluer dans ses conséquences économiques, sociales, aussi psychologiques et collectives. Nous tenons à vous dire, Mme la Présidente, que nous entendons votre appel à un sens collectif face à la crise, au-delà de nos différences d’appréciation, et à nos oppositions sur certains points de la politique de votre majorité particulièrement lors de cette session budgétaire, la dernière de cette mandature.

Tout d’abord, une précision : Standard and Poors avait certifié positivement toutes les entités qui ont fait faillite au début des années 2000. Les agences de notation tuent rarement leurs clients. Pour les collectivités publiques françaises, elles jugent plus la capacité fiscale que les comptes eux-mêmes, puisque nous avons le bonheur d’avoir un état fiscalement fort et celui qui prélève le plus de points de PIB dans le monde.

Rien n’a changé. L’inquiétude demeure et pire s’accroît parmi nos concitoyens ligériens, et d’entrée nous vous disons qu’il nous semble que votre méthode de gouvernance n’a guère varié : sans la crise Covid, je répète sans la crise Covid, le glissement de la dette était un fait majeur depuis 2015. Le budget de 2019 l’annonçait en filigranne. Aujourd’hui votre remise à plus tard des décisions de gestion les plus difficiles après la fin de la crise ou peut-être également, les prochaines échéances électorales démontre que la région était déjà affaiblie budgétairement, étant parmi celles sur lesquelles le poids de la dette par habitants en fonction du niveau de vie moyen était déjà l’un des plus lourds. La crise Covid que l’Etat central aggrave par ses incohérence rajoute évidemment à cette fragilité structurelle ligérienne Ceci est très inquiétant, car ce que nous avons vécu est certainement très en dessous de ce qui va advenir.

Ces décisions difficiles, votre majorité ne les a pas souhaitées depuis 2015 : réduction des dépenses inutiles de fonctionnement particulièrement, et réduction de la dette afin de mieux préparer l’avenir financier de notre institution. Moins endettée, plus solide sur ses fondamentaux, la région aurait pu mieux aider la société dans ses différents secteurs les plus menacés, ses ressources et capacités propres potentialisant l’aide exceptionnelle de l’Etat. Force est de devoir constater en cette ultime session budgétaire de cette mandature -en principe- ,  que votre majorité a préféré croire que ce qui avait toujours fonctionné en période faste fonctionnerait encore : une dépense de fonctionnement jamais réduite faute de savoir et donc de pouvoir trancher dans le vif de l’inutile. Faute de quitter le rivage riant :

 – de la subvention, par principe,

 – de la dépense de communication sur chaque subvention, par habitude,

 – de la remise à plus tard de ce que qu’on aurait pu faire et qu’on avait promis de faire, par manque de courage politique, à savoir la réduction de la dette, non par simple renégociation sur les taux, mais en restructurant l’architecture même du budget. Dégraisser le mammouth socialiste était la promesse de campagne de votre majorité, ce que vous n’avez pas fait par facilité et manque de courage, peut être de convictions authentiquement libérales, malgré l’usage du mot en période électorale. J’en veux pour preuve la subvention Lactalis après celle versée à Valeo, et d’autres cas de ce type au fil de la mandature : combien de petites PME non délocalisables pourrait on dynamiser avec ces subventions éléphantesques, pour demeurer dans l’image du pachyderme, à la suite du mammouth.

Je rajouterais à ce propos que ces subventions aux entreprises ne sont pas assorties d’engagements des entreprises bénéficiaires à augmenter la participation au capital des salariés et la diminution au travail intérimaire, ce qui corrigerait l’aspect désastreux de l’augmentation du haut de bilan dont ces salarié ne profitent que très peu, n’étant pas actionnaires selon la vision allemande de l’économie sociale de marché, ou de la participation  gaullienne. N’étant pas vraiment libérale, votre politique ne tente même pas d’exprimer une vision sociale de droite d’association du capital et du travail.

Certes la crise Covid  a été mal gérée par le président élu depuis 2017 que vous aviez soutenu comme ses premiers ministres issus de vos rangs, certes vous avez été vous-même surprise par la brutalité des conséquences des errements gouvernementaux du printemps dernier, et leur réitération depuis le deuxième confinement qui sera suivi d’un troisième annoncé en filigrane pour le printemps, etc….

Certes, et nous l’avions dit, vous avez tout fait de ce qui vous restait de moyens financiers en liaison avec les autres collectivités publiques, pour pallier à partir des ressources budgétaires disponibles régionalement les déficiences du rapport de l’équipe Macron déconnectée de la réalité profonde de notre pays. Nous vous en avions reconnu le mérite, et nous vous exprimons ce que pensent en cela beaucoup d’acteurs de la réalité ligérienne et des autres régions françaises ignorée rue du FBG St Honoré.

Certes l’Etat a créé un plan qui se veut de relance, et vous aviez espéré qu’après le premier reconfinement, la relance fonctionnerait, sans qu’un second  confinement ne vienne casser l’élan d’un redépart. Notre inquiétude cependant accompagne celle des ligériens. Nous ne pouvons douter de votre sincérité quand vous leur exprimez partager leurs attentes. Car après avoir ignoré le cri et l’appel au secours des Gilets Jaunes, et leur demande de moins d’état fiscaliste mais de plus d’Etat régalien, de moins de complexité administrative et de plus d’efficacité publique, vous aviez refusé le geste symbolique de la part régionale de la TIPP qui était l’une de leurs demandes.  La plupart des partis, dont le vôtre, dont le RN que nous avons quitté, ont voté une loi d’urgence dont ils dénoncent maintenant les effets sociaux et économiques dévastateurs d’une interprétation devenant absurde :  or dans les régions et dans la nôtre nous n’étions pas préparés à subir un tel choc. Notre région comme les autres.

Pourquoi ?

Outre l’absence de rupture avec la gouvernance social démocrate de la gauche qui veut que la dépense publique ne soit qu’un investissement sans voir qu’il s’agit d’abord d’un prélèvement fiscal et donc une perte d’investissement privé,  vous pensez que seul l’argent public possède une efficacité réelle. Vous inscrivant ainsi budgétairement dans le camp de la dépense publique génératrice de richesses. Or en Europe l’argent public versé aux acteurs économiques et aux consommateurs enrichit en premier les entreprises et l’Etat chinois, puisque toute relance keynésienne produit de la consommation de biens, services ou produits que nous ne produisons plus.

Cela signifie qu’une partie de la dette contractée enrichira autant des acteurs économiques chinois que français ou européens. La croissance de la Chine s’est fortement poursuivie cette année, profitant des milliards de relance américains et européens. M. Dejoie me dira tout à l’heure que nous sommes très loin de Nantes à Pékin, mais son Iphone et son ordinateur me disent le contraire. Nous parlons de French Tech, nous finançons des centres d’innovation  à grand bruit et grands frais depuis 2015, mais quelles sont les PME régionales de ces secteurs ayant émergé au niveau national et international de manière significative sur des produits grands publics ?  Derrière les mots et la communication, la réalité de l’impuissance européenne à créer des Gafa européennes entrainant ce secteur dans chacun des pays européens, est frappant : cessons donc de nous garagariser avec les organismes aux noms ronflants que nous subventionnons pour la création mythique du futur, à grand renfort de happening, d’inaugurations et de communication. Le présent est que nos grandes surfaces et amazon demeurent les grands vecteurs de nos pertes d’emplois, y compris en Pays de Loire, et que les fermetures de nombreuses PME industrielles ces derniers mois, à bas bruit, témoigne de ce que les plans de relance, d’urgence et de résilience, pour utiles qu’ils soient à court terme pour le maintien essentiellement du paiement des salaires, ne sauvent pas l’emploi et l’investissement pérennes. Le plan résilience est sous utilisé par ceux qui en sont les destinataires théoriques, preuve d’une forme soit d’ignorance de ses dispositifs, soit par une forme de méfiance envers les politiques publiques.  Le subventionnement massif aux entreprises se révèle avoir l’efficacité de l’eau dans le sable : un effet passager, mais trop eu est fait pour redonner aux entreprises l’accès au crédit pour investir, comme le ferait un système généralisé de garantie bancaire adossé à des strctures privées d’assurance et de réassurance dont le coût serait moindre que les subventions mais l’effey levier en investissements ouverts à toutes les entreprises beaucoup plus important et générateurs d’emplois. Vous êtes demeurés dans les ornières de la subventionnite à des entreprises vitrines.

Quels sont les gagnants de ce budget ?

La formation professionnelle et les politiques d’aides aux entreprises dans le cadre du plan de relance :

168 M€ pour l’éducation et les lycées, soit un effort supplémentaire de 65 M€ parrapport au BP 2020. Cela concerne en priorité l’engagement pour le développement du numérique (+31 M€) et le déploiement de la stratégie d’investissement dans les lycées (SIL, +27 M€) ;

– 136 M€ pour les mobilités et les infrastructures, soit +18 M€ ;

– 94 M€ pour nos territoires, soit +18 M€ ;

– 111 M€ pour soutenir l’économie locale et nos entreprises (+14 M€), avec le prolongement du fonds territorial « Résilience » et l’abondement de nos dispositifs mobilisés pour la relance ;

– 30 M€ pour l’agriculture, la pêche, et en faveur d’une alimentation de qualité (budget en croissance de 6 M€).

Quels sont les perdants de ce budget ?

Les petites entreprises, particulièrement celles liées aux secteur  du tourisme au sens large, au-delà de l’hôtellerie et de la restauration, pour lesquels rien de spécifique n’est prévu. Même absence dans le domaine des entreprises liées à la culture, souvent des micro entrepreneurs, la jeunesse étudiante dramatiquement frappée,  les étudiants et même les jeunes en apprentissage et formations en alternance par disparition des stages et les refus des entreprises d’accueillir des apprentis. Et malgré les efforts louables et réels du maire de la Baule, notre collègue  qui œuvre à tenter de dynamiser les entreprises des zones touristiques et rurales du tourisme local, les moyens qui sont consacrés à ces politiques demeurent très faible. Cela pose d’ailleurs la question de l’impossibilité d’utiliser correctement jusqu’en 2023 la totalité des fonds européens dont il devient classique désormais que nous ne pouvons que très difficilement y avoir accès

Ce qui nous parait le plus angoissant pour les pays de la Loire, outre l’endettement, c’est l’absence de grand projet structurant : votre majorité nous avait survendu un Eldorado caché à ND des landes, dont heureusement le projet n’a pas abouti ; nous paierions le déficit d’exploitation alors que Nantes Atlantique fonctionne et va se moderniser et que le transport aérien de masse est entré dans une crise majeure et durable.

Nous regrettons l’abandon du projet de franchissement de la Loire à l’Ouest de Nantes, mais également à l’est, ce qui maintient une césure entre le Nord et le Sud de notre région et une thrombose permanente de la communication de la Métropole nantaise qui est un point nodal du fait de sa position géographique sur la Loire et sur un fond d’estuaire. Nous déplorons également l’absence de projet d’ac=xes de de communication pour relier valablement St Nazaire à la Bretagne, et la Normandie, son arrière pays immédiat. Parce que pour ce qui est d’en faire un port réellement national et européen, cette absence de projet enterre tout espoir à moyen terme.

Entendant votre volontarisme, ne vous déniant pas le sens de l’initiative et votre énergie, ni votre sens de la communication,  nous estimons que nos critiques ne peuvent nous faire oublier les habitants des Pays de la Loire : ce que pensons mal conçu sur le long terme leur profite sur le court terme. Cette évidence nous oblige vis à vis d’eux : notre Groupe Alliance pour les Pays de la Loire ne souhaite pas rompre le pacte de solidarité nationale en cette période de crise gravissime. Trop d’angoisse, trop de misères trop de désespoir individuels, mais aussi familiaux ou collectifs dans nos entreprises et associations et institutions culturels et universitaires et de formation se manifestent déjà. C’est à eux que nous pensons plus qu’à une politique budgétaire : les régions n’ont pas droit au ‘’quoi qu’il en coûte’’, macronien. Par contre nos concitoyens eux savent ce que leur coûte le macronisme déconnecté. Vous cochez toutes les cases idéologiques inspirées par la gauche : oubli du coût de l ’insécurité des personnes et des biens, constructivisme du socialisme étatique vert utopique, ne rien dire de profond et de substantiel, pour plaire à tous en vue des élections.

Cela déterminera donc notre vote final sur ce budget, d’opposition sans aveuglement stérile : la gestion ne peut ignorer la politique au sens le plus éthique du mot,  et donc notre opposition repose sur une ligne de pensée cohérente et des principes fondamentaux de droite conservatrice, souverainiste et sociale, au service du Bien Commun des Ligériennes et ligériens.

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